Les noms qui racontent Maizeroy et Chevillon
À Maizeroy, les habitants portent un gentilé bien établi : les Machereux, au féminin les Machereuses. Mais la mémoire locale conserve aussi deux anciens sobriquets en patois lorrain : les habitants de Maizeroy étaient appelés les « câgnards d’Matihe-reu », tandis que ceux de Chevillon étaient surnommés les « lès minous d’guéyins ».
Derrière ces mots parfois mystérieux se cache une petite histoire de village, de langue et de traditions populaires.
Les Machereux de Maizeroy
Aujourd’hui, le gentilé généralement employé pour désigner les habitants de Maizeroy est Machereux. Ce nom apparaît dans les répertoires consacrés aux communes et dans les documents administratifs ou touristiques. annuaire-mairie
Son origine exacte n’est toutefois pas clairement documentée dans les sources accessibles. Il faut donc éviter de lui attribuer une étymologie certaine sans preuve historique ou linguistique. Une hypothèse souvent évoquée est un lien avec les anciennes formes du nom de Maizeroy, notamment Macherich, forme germanique relevée dans les documents d’archives. Les Archives départementales de la Moselle donnent d’ailleurs « Macherich » comme ancienne forme associée à Maizeroy. archives57
Cette piste est intéressante, mais elle ne permet pas, à elle seule, de démontrer que Machereux serait une simple transformation de Macherich. Les gentilés populaires se forment parfois par évolution phonétique, par jeu de mots, par référence à un surnom ancien ou par réinterprétation locale. Dans le cas de Maizeroy, l’origine précise reste donc à confirmer par une étude spécialisée des formes anciennes du toponyme et des parlers locaux.
Le plus prudent est de retenir que Machereux est le gentilé actuel de la commune, tandis que son origine étymologique demeure incertaine.
Les « câgnards d’Matihe-reu »
Avant la généralisation des gentilés officiels, les villages lorrains se distinguaient souvent par des sobriquets collectifs. Ces appellations, transmises oralement, étaient parfois affectueuses, parfois moqueuses, et servaient à reconnaître les habitants d’une communauté voisine.
Les habitants de Maizeroy étaient ainsi appelés les « câgnards d’Matihe-reu ». Cette expression est généralement expliquée par « les hommes mous de Maizeroy ». wikipedia
Le terme câgnards semble ici relever du parler régional et ne doit pas être compris avec le sens qu’il pourrait avoir en français contemporain. Dans ce contexte, il évoque plutôt l’idée de personnes molles, nonchalantes ou indolentes. Quant à Matihe-reu, il s’agit vraisemblablement d’une forme dialectale ou populaire de Maizeroy.
Comme beaucoup de sobriquets villageois, cette formule ne constitue pas nécessairement une description objective des habitants. Elle relève surtout de la taquinerie entre villages, de ces petites rivalités qui animaient autrefois la vie locale et donnaient à chaque communauté une identité singulière.
Les « lès minous d’guéyins » de Chevillon
Pour Chevillon, la tradition a conservé une expression particulièrement pittoresque : « lès minous d’guéyins ». Elle est généralement traduite par « les mangeurs de fromages durs ». geoportail-urbanisme
Dans cette expression, lès signifie « les » en parler local, tandis que minous renvoie à l’idée de mangeurs. Le mot guéyins est traditionnellement interprété comme désignant des fromages durs.
Ce surnom évoque donc une alimentation rustique, fondée sur des produits qui se conservaient bien : pain, lait, fromage et autres provisions adaptées à la vie rurale. Il est possible que le sobriquet fasse référence à une habitude alimentaire réelle, à une production locale de fromages ou simplement à une plaisanterie lancée par les habitants des villages voisins. En l’absence de témoignage ancien expliquant précisément son origine, il convient de présenter cette interprétation comme une tradition locale plutôt que comme un fait définitivement démontré.
La formule n’en demeure pas moins précieuse : elle témoigne de la vitalité de la langue régionale et de l’imagination avec laquelle les habitants désignaient autrefois leurs voisins.
Une histoire commune depuis 1812
Chevillon n’est plus une commune indépendante : le village a été réuni à Maizeroy par décret du 21 septembre 1812.geoportail-urbanisme
Cette réunion administrative n’a pas effacé son identité. La commune de Maizeroy regroupe encore aujourd’hui les deux villages, qui conservent chacun leur histoire, leur patrimoine et leur mémoire. info.maizeroy
Cette dualité apparaît également dans les armoiries communales. Le blason de Maizeroy associe les références aux familles Pottier de Maizeroy et Morel de Chevillon, qui furent propriétaires des deux seigneuries aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. info.maizeroy
Les deux sobriquets populaires racontent ainsi une histoire complémentaire :
- Maizeroy : les « câgnards d’Matihe-reu », les hommes dits « mous » de Maizeroy ;
- Chevillon : les « lès minous d’guéyins », les mangeurs de fromages durs ;
- Maizeroy et Chevillon réunis : les Machereux et les Machereuses.
Des mots à préserver
Les gentilés officiels sont utiles pour désigner les habitants d’une commune, mais les anciens sobriquets en disent parfois davantage sur la vie quotidienne. Ils conservent la trace d’un accent, d’un paysage, d’une alimentation, d’une rivalité bon enfant ou d’une manière de se raconter entre voisins.
À Maizeroy comme à Chevillon, ces mots appartiennent à un patrimoine immatériel fragile. Ils ont souvent été transmis oralement et peuvent présenter plusieurs graphies selon les personnes qui les ont recueillis. Leur orthographe n’est donc pas toujours fixée, et leur traduction peut varier légèrement.
Les faire connaître, c’est redonner une place à une mémoire locale qui ne figure pas toujours dans les archives officielles. C’est aussi rappeler qu’un village ne se résume pas à un nom sur une carte : il possède une voix, des expressions et une histoire partagée.
Aujourd’hui, les habitants de Maizeroy et de Chevillon sont les Machereux et les Machereuses. Mais dans la mémoire ancienne du pays, ils restent aussi les « câgnards d’Matihe-reu » à Maizeroy, tandis qu'à Chevillon, ils gardent le savoureux surnom de « lès minous d’guéyins ».
Note éditoriale
L’origine de Machereux n’est pas établie avec certitude dans les sources consultées. Les explications relatives aux « câgnards d’Matihe-reu » et aux « lès minous d’guéyins » correspondent à la tradition rapportée dans des documents locaux et des sources secondaires. Une enquête auprès des habitants, des associations patrimoniales et des Archives départementales pourrait permettre d’enrichir cet article avec des témoignages, des variantes de prononciation et d’éventuelles mentions plus anciennes.

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